Climb the small mountain.
Perform Hangetsu, slowly.
Descend.
Ah, la jolie vérité qu’on nous assène régulièrement : Il faut sortir du cadre. Avec le "Il faut" comme une impérieuse nécessité.
On s’attendrait presque au "sinon" à la fin. Sinon quoi ? Sinon pas de solution, sinon pas d’innovation, sinon pas de créativité… Et d’entendre ça partout : il faut sortir du cadre ; en brainstorm, aux ressources humaines et même pendant les formations destinées aux... cadres.
Le second aspect me gêne d’avantage : c’est toujours la même solution qui est proposée. Il me parlait chaque matin, quelques minutes, à la sortie du Métro Austerlitz. Je me souviens ses vieilles paluches serrées sur le godet de café, qu’il – je cite – allait se jeter derrière la cravate. Je ne crois pas qu’il ai jamais porté de cravate.
Après les politesses d’usage – Salut le p’tit étudiant, fait meilleur aujourd’hui hein ? – son histoire commençait, recommençait, inlassablement. Toujours le même début jamais la même suite : Tu vois mon père il me cognait dessus tout le temps. Quand il picolait, quand il picolait pas. Alors moi un matin, j’avais 14 ans, j’ai mis des trucs dans un sac-à-dos et je suis parti sur la route. Et j’y suis encore !
C’était ça son début, invariable. La suite se créait chaque jour en fonction de son humeur, de ceux qu’il – soi-disant – rencontrait sur sa route, de ce qu’il avait lu dans les journaux de la veille… Il n’y avait jamais de fin, il se perdait complètement dans les détails et moi je devais y aller parce que bon, c’est pas tout hein, mais faut y aller quand même…
Je ne l’interrompais pas souvent, je ne lui faisais jamais remarquer les contradictions, les anachronismes manifestes. Je l’écoutais. Parfois il revenait au présent : Eh le p’tit étudiant, garde tes thunes et va plutôt me chercher un café aux quais, que je me le jette derrière la cravate. Pas chez machin-truc c’est des cons. Tu vas chez l’arabe et tu dis que c’est pour Monsieur Kern. Quand c’est Mohamed il me fait pas payer.
Une fois Monsieur Kern m’a montré une souris qu’il avait assommée là où il vivait, une espèce d’hôtel chelou que son assistante sociale avait fini par lui dégotter. J’l’ai bien choppée cette salope ! La souris hein, pas l'assistante.
Puis il revenait à son histoire : J’ai 59 ans et je suis toujours sur la route, j’ai changé mon sac à dos des dizaines de fois, mais moi j’ai jamais changé. Regarde, ce sac-là il est bien, je l’ai chouré au vieux campeur. C’est des cons là-bas tu sortirais un semi-remorque sans payer qu’ils le verraient même pas. Moi je crois qu’ils avaient très bien vu mais qu’ils avaient laissé faire. Personne n’avait le cœur d’emmerder monsieur Kern.
Et puis un matin, pas d’histoire, pas de café. Il disait qu’il était allé aux toilettes, qu’il avait – je cite – poussé trop fort et qu’il avait senti quelque chose craquer « par-là » en montrant son abdomen. On allait lui faire des examens. Pendant plusieurs jours comme ça : on va me faire des examens.
Et un matin, pas de Monsieur Kern. Mohamed m’a dit qu’il était mort cette nuit. Et il m’a griffonné le numéro de son assistante sociale sur une serviette en papier. Vague tristesse dans son regard et un geste du genre c’est comme ça. Il me tend un café et refuse ma monnaie : le café c’est pour moi aujourd’hui. Je le regarde avec un sourire : Ben je vais me le jeter derrière la cravate alors. Je me souviens qu’on a ri.
À la crémation de Monsieur Kern nous étions deux : l’assistante sociale et moi. Mohamed travaillait. L’assistante a dit que d’habitude elle était toute seule. Pendant tout le temps qu’il crémationnait je me demandais ce qu’était devenu son sac-à-dos et tout le fatras qu’il trimbalait là-dedans. Une vie de route. L’assistante n’en avait pas la moindre idée : vous savez, monsieur Kern il racontait quand même beaucoup d’histoires.
Oui, je savais.
-- Metallurgeek
À 16 ans, une activité importante c’est de me faire contrôler par les keufs. Il faut dire que j’ai un look, euh... un look, comment dire… Bon, j’ai un look, OK ?
Je ne comprends pas bien pourquoi les flics cherchent tout le temps à savoir qui je suis. Mais ça ne me dérange pas. Après tout j'ai 16 ans, moi aussi je cherche qui je suis. Je me trimbale avec un immense parka mi-kaki mi-Javel avec de grandes poches. Parfois ils veulent aussi savoir ce qu’il y a dans mes poches.
Dans mes poches il y a des pistaches. En tout cas ce jour-là à la gare Saint-Lazare, lors du contrôle d'identité. Des pistaches j'en ai des tas. Parce que mon grand-père fait la nuit à Rungis et m'en ramène par paquets kraft d'un kilo. Ou parfois des amandes, des cacahuètes.
Dans ma poche gauche il y a le paquet entamé. Dans la droite je mets les coquilles. Je ne jette pas par terre. Je grignote à longueur de journée. Il est midi, et donc les deux poches ont sensiblement le même volume.
Me contrôler mobilise trois flics. Un gosse de 16 ans pensez donc. Mais bon, j’ai un look, OK ? Ils souhaitent savoir qui je suis ; facile, je le leur dis. Ils souhaitent vérifier ; facile, je produis ma carte d’étudiant. Ils souhaitent savoir ce que j’ai dans mes poches.
- Des pistaches.
- C’est ça, prends-nous pour des cons.
- Et dans l’autre poche, t’as des pistaches aussi ?
- Non. Si. Enfin que les coquilles.
- Tu gardes les coquilles des pistaches ?
- Je ne jette pas par terre.
- Oh les gars, on est tombé sur un malin.
- Allez, le comique, tu nous vides tes poches direct !
Je sors le paquet de ma poche gauche. Je ne sais pas d’où viennent les pistaches de Pépé. Mais sur le kraft c’est inscrit dans un alphabet exotique. Le genre d’exotisme qui ne fait pas rêver la police.
Et là, je n’en reviens pas : un flic plonge la main dans le paquet et goûte une de mes pistaches. Direct ! Mes parents le payent avec leurs impôts et lui il me taxe une pistache. Et quand bien même ! C’est un inconscient ou quoi ? Et si c’était du Plutonium ? De la came ? De la mort aux vaches ?
Au point où j’en suis je demande s’ils veulent vérifier les coquilles. Je joins le geste à la parole et sors une pleine poignée de ma poche droite.
- Laisse tomber le comique on t’a assez vu.
- Et fais-toi faire une carte d’identité.
- Ouais, parce qu’une carte d’étudiant ça suffit pas.
- (dans ma tête) Ben là ça a suffi non ?
Mais je n’ai pas envie de discuter.
Le soir tombe. Toutes mes pistaches sont boulottées. Dont une par un flic. Ma poche de droite est au max de son volume. Avant de rentrer à la maison j’avise une poubelle. J’enlève mon parkanarchiste et je secoue. Toutes les coquilles coulent dans la poubelle. Suivie d’une petite sphère en papier aluminium.
Oh putain la boulette !!!
La boulette de shit que ce mec sympa m’avait donné, fontaine Saint-Michel, il y a bien un mois :
- Essaye mon pote c’est super cool.
- Mais j’ai pas d’argent là. Tu veux des amandes ?
- Nan, prends cette boulette c’est cadeau, j’en ai autant que je veux.
Je n’avais pas essayé. À 16 ans, je travaillais à une tout autre addiction (les filles).
Et cette boulette, dont j’avais oublié jusqu'à l’existence, vivait depuis tout ce temps dans le fond de ma poche droite. En fait il avait raison le flic : une carte d’étudiant n’aurait pas suffi.
Un instant j’envisage une belle carrière de mule de gare. 500 g de shit dans chaque poche. Sous une fine couche de pistaches. Le plan parfait, que je ne trouverai jamais le temps de réaliser (les filles je vous dis).
Des décennies après, avec mon expérience de la vie, avec tout mon pouvoir de mémoire photographique, sémantique, sonore, émotionnelle, il me manque un détail clé de cette scène. Ce détail me taraude, me hante, me réveille transi dans l’effroi.
Sa coquille de pistache, le flic, il en a fait quoi ?
-- Metallurgeek
Aux fins-fonds du cyberespace
Les mots-clé font, ça m'agace
De fort mauvais mots de passe
| Hangar désaffecté à Redon. |
"What if you could look right through the cracks?
Would you find yourself, find yourself afraid to see?"
-- Nine Inch Nails, Right Where It Belongs.
À la faveur des vacances, je me suis mis vite fait au zentangling.
En gros ça consiste à scribouiller des gribouillis tout en écoutant du métal à donf(*). Exactement comme quand on s'ennuyait en cours. C'est censé déstresser et sur moi ça marche plutôt pas mal. Je vous mets une de mes œuvres, ainsi que le morceau de musique qui m'a inspiré.
(*) Euh, le métal ça a l'air facultatif en fait, mais moi j'en mets. À donf. Comme pour la méditation.
À la faveur des vacances, je me suis mis vite fait au zentangling.
En gros ça consiste à scribouiller des gribouillis tout en écoutant du métal à donf(*). Exactement comme quand on s'ennuyait en cours. C'est censé déstresser et sur moi ça marche plutôt pas mal. Je vous mets une de mes œuvres, ainsi que le morceau de musique qui m'a inspiré.
(*) Euh, le métal ça a l'air facultatif en fait, mais moi j'en mets. À donf. Comme pour la méditation.
À la faveur des vacances, je me suis mis vite fait au zentangling.
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À la faveur des vacances, je me suis mis vite fait au zentangling.
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(*) Euh, le métal ça a l'air facultatif en fait, mais moi j'en mets. À donf. Comme pour la méditation.
À la faveur des vacances, je me suis mis vite fait au zentangling.
En gros ça consiste à scribouiller des gribouillis tout en écoutant du métal à donf(*). Exactement comme quand on s'ennuyait en cours. C'est censé déstresser et sur moi ça marche plutôt pas mal. Je vous mets une de mes œuvres, ainsi que le morceau de musique qui m'a inspiré.
(*) Euh, le métal ça a l'air facultatif en fait, mais moi j'en mets. À donf. Comme pour la méditation.
À la faveur des vacances, je me suis mis vite fait au zentangling.
En gros ça consiste à scribouiller des gribouillis tout en écoutant du métal à donf(*). Exactement comme quand on s'ennuyait en cours. C'est censé déstresser et sur moi ça marche plutôt pas mal. Je vous mets une de mes œuvres, ainsi que le morceau de musique qui m'a inspiré.
À la faveur des vacances, je me suis mis vite fait au zentangling.
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| Zentangling 2 - Metallurgeek |
À la faveur des vacances, je me suis mis vite fait au zentangling.
En gros ça
consiste à scribouiller des gribouillis tout en écoutant du métal à donf(*). Exactement comme
quand on s'ennuyait en cours. C'est censé déstresser et sur moi ça marche
plutôt pas mal. Je vous mets une de mes œuvres, ainsi que le
morceau de musique qui m'a inspiré.
| Zentangling 1 - Metallurgeek |
Je poste ce billet le 16 mars 2024. Il y a précisément quatre ans débutait en France le premier confinement sanitaire. Voici un texte de moins de 500 mots que j'avais écrit pour l'occasion.
PETITE DAME …
GENDARME Madame, s’il vous plait, votre attestation.
PETITE DAME …
GENDARME Madame, avez-vous rempli et signé votre attestation ? Vous savez bien, à cause du COVID là, À la radio ils ont dit, la pandémie.
PETITE DAME …
GENDARME (inquiet) Oh-là, mais c’est qu’elle ne va pas bien la petite dame. Eh oh, madame, vous m’entendez ? Eh Ohhh ? Tenez, regardez il y a un banc juste ici, à l’ombre de l’arbre. Asseyez-vous un instant, respirez. Respirez tranquillement. Voiiilààà… Ah vous reprenez des couleurs, j’ai cru que vous nous faisiez un malaise. Enlevez donc votre masque, c’est ça qui vous gêne aussi, vous le remettrez après allez.
PETITE DAME Vous… vous… vous êtes bien aimable…
GENDARME Ah ben voilà, elle parle la petite dame. Vous habitez par ici ? Vous avez de la famille pas loin ?
PETITE DAME Je… C’est-à-dire j’ai ma petite fille à côté de chez moi… Elle est assistante maternelle.
GENDARME Voulez-vous qu’on l’appelle ? On va lui demander de venir vous chercher ?
PETITE DAME Non non… vous êtes bien aimable… je vais bien… je vais bien… je vais bien. Je veux rentrer chez moi… vous êtes bien aimable.
GENDARME D’accord mais moi je ne vous laisse pas vous relever tout de suite ma petite Dame. Vous vous reposez encore un petit peu s'il vous plait. Comment vous appelez-vous ?
PETITE DAME (elle récite comme une enfant) Je m’appelle Marceline Le Floch je suis née à Landerneau le 16 février 1929. Je suis Française. Vous êtes bien aimable.
GENDARME Ne vous inquiétez pas, Madame, tout va bien. Voilà respirez tranquillement. Vous habitez loin ?
PETITE DAME J’habite là-haut. J’ai toujours habité là-haut… Mais vous savez, la maison elle a beaucoup changé depuis. Oh là là oui. Je vais bien… Je rentre chez moi maintenant. Vous êtes bien aimable.
GENDARME Vous êtes certaine ?
PETITE DAME Oui, certaine. Vous êtes bien aimable.
Marceline se lève et part d’un pas égal. Sur le banc, une flaque de pipi s’étale. Des gouttes tombent entre les lattes. Marceline marche quelques mètres. Elle s’arrête. Se retourne. Un instant il y a cette chose impossiblement violente en elle. En contraste total avec son malaise et sa frayeur des minutes précédentes.
PETITE DAME Vous savez jeune homme, on dit que je perds la mémoire mais moi je n’oublie pas ça. Parce que voyez-vous j’ai déjà été contrôlée ici. En Novembre 1943. Ils n’avaient pas été bien aimables.
Sur chaque face du dé est imprimé un QR Code. Et les valeurs respectives de chaque code sont 1, 2, 3, 4, 5 et – vous ne devinerez jamais – 6.
Une fois assemblé on obtient donc cet objet particulièrement taré. Un véritable pont entre le monde analogique et le monde numérique. Un générateur aléatoire de très haute qualité (ou pas, voir [1]). Un Chindōgu éphémère, étant donnée la fragilité de l’assemblage.
Ceux qui me lisent régulièrement (oui, toi) savent déjà à quoi sert cet objet : à rien. Ou alors éventuellement à faire réfléchir un petit peu. Et à faire rigoler les rôlistes.
Un moment j’ai cru que j’étais le seul suffisamment tordu pour inventer une daube pareille. En fait pas du tout. Je suis même carrément en retard ! Certains en font, et vendent, des QR code en bois. D’autres en font en plastique façon 3D print. Et la palme revient à ceux-ci qui ont carrément breveté le concept il y a dix ans (voir [2]). Attends mais dis donc, si c’est breveté… peut-être que ça sert à quelque chose ?