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Il faut sortir du cadre (repost)

Ah, la jolie vérité qu’on nous assène régulièrement : Il faut sortir du cadre. Avec le "Il faut" comme une impérieuse nécessité.

  On s’attendrait presque au "sinon" à la fin. Sinon quoi ? Sinon pas de solution, sinon pas d’innovation, sinon pas de créativité… Et d’entendre ça partout : il faut sortir du cadre ; en brainstorm, aux ressources humaines et même pendant les formations destinées aux... cadres.


L’évidence


Penchons-nous sur cette belle évidence et sur ce qu’elle cache (ou pas). Sortir du cadre. Le "cadre", pour commencer, n’a pas l’air très bien défini. C’est juste quelque chose dont il faut sortir. À la réflexion "sortir" n’est pas clair non plus : que fait on une fois sorti ? On reste dehors ? Ou alors on redevient quelqu’un de bien rangé, le genre qui cadre avec ce qu’on attend de lui.

  Bon, le sens général le plus plausible c'est surement quelque chose comme : "il faut se libérer des contraintes implicites nous empêchant de réfléchir autrement". Allez, admettons.

L’exemple canoneek


  Pour bien nous expliquer ça, on nous sert toujours le même exemple. Quand je dis toujours c’est toujours. Personnellement, j’y ai déjà eu droit trois fois pendant des formations (dans l'ordre : pédagogie, créativité, management). L'exemple donc c'est cette énigme consistant à relier neufs points avec quatre traits seulement et sans lever le crayon. Si vous ne connaissez pas, prenez le temps de chercher un peu : ça fait plaisir quand on trouve :)


  Deux aspects me gênent avec cet exemple. D’abord, je l’ai déjà indiqué, il est utilisé à l’exclusion de tout autre. Pour vous en convaincre observez donc ce que donne cette requête sur Google image. Un seul exemple c'est trop peu. Ne dit-on pas qu'il faut deux exemples pour généraliser ?

  Le second aspect me gêne d’avantage : c’est toujours la même solution qui est proposée. 
Il s'agit, justement, de la solution où les traits doivent déborder du carré implicitement défini par les neufs points. Certes ça augmente la valeur pédagogeek de l’exemple mais c’est aussi profondément angoissant : il n’y aurait qu’une seule manière de sortir du cadre, et ce serait toujours la même… Mais alors, tout ça déboucherai juste sur un autre cadre ? Et très étroit à ce qu’il semble. Angoissant.


Vite vite, d’autres solutions


Je me suis mis à chercher d’autres solutions au problème des neufs points, ou à prouver leur inexistence. Disons-le tout de suite, à part les quatre variations sur la direction du trait initial, je n’ai pas trouvé d’autres solutions strictement géométreeks. Je n’ai pas non plus la preuve formelle de la non-existence d’autres solutions purement géométreeks, malgré quelques tentatives...

  Par contre, en jouant légèrement sur l’interprétation de l’énoncé, on trouve quelques idées sans trop trivialiser le problème. Par exemple, si les points sont en fait de petits disques de diamètre non nul, alors il existe une solution en trois traits. En fait, en considérant que des parallèles se coupent à l’infini, la solution à trois traits existe même pour des points sans dimension. Aller jusqu’à l’infini pour trouver une solution, là ça commence vraiment à sortir du cadre. 

  Dans le même esprit, on peut mettre la feuille en cylindre et faire un seul trait incliné selon l’épaisseur des points. Là je ne fais pas de figure, mais essayez sur le carton du PQ, ça marche nickel. Une autre approche joue sur l’épaisseur du trait : si le trait est suffisamment épais, genre un bon gros coup de rouleau à peinture, alors un seul trait suffit pour recouvrir d’un coup les neufs points. J’aime beaucoup le côté bourrin de cette solution :)

  On peut aussi imaginer des solutions avec pliage du papier : on plie soigneusement en accordéon de manière à ce que chaque rangée de trois points se retrouve sur une pliure. On fait coïncider les trois pliures les unes au-dessus des autres. Là on met un coup de feutre sur la tranche, un seul, et on déplie.

  Enfin je ne résiste pas à la solution Shadock ci-contre  (ou Dali ou Kandinsky), qui trivialise le problème – certes – mais est scandaleusement conforme à l’énoncé. Pour réparer l’énoncé il faudrait déjà dire « quatre segments » au lieu de « quatre traits ».

D’autres exemples


En cherchant un peu, il y a plein d’autres exemples pour illustrer "sortir du cadre". Pour chacun d’eux, je trouve intéressant de voir s’il y a plus d’une solution… Pas toujours facile. Je donnerais quelques solutions dans un prochain post (ou pas).

  L'énigme des parts de gâteau : comment couper un gâteau en huit parts avec seulement trois coup de couteau (bien droits) ? Pour l’instant, je connais trois solutions que je détaille dans un autre article.

  La pelle à tarte : illustrée juste à gauche. Il faut sortir la miette de la pelle en déplacement seulement deux segments. Je ne connais qu’une solution. Mais je ne suis pas très fort en pelle à tarte.

Les triangles : faire exactement quatre triangles avec six allumettes. Je ne connais qu'une solution :(

  Les triangles (bis) : faire plus que quatre triangles avec six allumettes. Je connais plus d’une solution, mais je ne les dis pas ici parce qu'il parait qu'un article trop long c'est chiant.

    Ben alors?


    Ben alors, n’est pas hors du cadre qui croit. La prochaine fois qu’on vous assène l’exemple des neufs point, c'est-à-dire lors de votre prochaine formation, posez la question l’air de rien : « c’est la seule solution ? ». Ça mettra peut-être un peu de réflexion dans le cerveau d’en face. Ou pas. Par contre, n’essayez pas d’expliquer à votre formateur la solution en trois traits séquents à l’infini : ça va l’envoyer dans le mur. Évitez aussi de lui parler du carton du PQ…

    Finalement, il faut sortir du cadre ou pas alors ?


    Je ne peux pas encadrer les phrases qui commencent par il faut. Surtout en formation. Le cadre, on en sort si on veut, quand on veut, comme on veut et parce qu'on veut. Et surtout pas parce qu'il faut.

    (update Mai 2014) Même un cadre à vélo j'ai du mal a rester dessus...

      Oh, une dernière chose : je vous ai fait un petit fond d'écran avec les figures.

    Monsieur Kern (repost)

      Il me parlait chaque matin,  quelques minutes,  à la sortie du Métro Austerlitz.  Je me souviens ses vieilles paluches serrées sur le godet de café,  qu’il – je cite – allait se jeter derrière la cravate.  Je ne crois pas qu’il ait jamais porté de cravate.

      Après les politesses d’usage – Salut le p’tit étudiant,  fait meilleur aujourd’hui hein ? – son histoire commençait,  recommençait,  inlassablement.  Toujours le même début jamais la même suite : Tu vois mon père il me cognait dessus tout le temps.  Quand il picolait,  quand il picolait pas.  Alors moi un matin,  j’avais 14 ans,  j’ai mis des trucs dans un sac-à-dos et je suis parti sur la route. Et j’y suis encore !

      C’était ça son début,  invariable.  La suite se créait chaque jour en fonction de son humeur,  de ceux qu’il – soi-disant – rencontrait sur sa route,  de ce qu’il avait lu dans les journaux de la veille… Il n’y avait jamais de fin,  il se perdait complètement dans les détails et moi je devais y aller parce que bon,  c’est pas tout hein,  mais faut y aller quand même…

      Je ne l’interrompais pas souvent,  je ne lui faisais jamais remarquer les contradictions,  les anachronismes manifestes. Je l’écoutais.  Parfois il revenait au présent : Eh le p’tit étudiant,  garde tes thunes et va plutôt me chercher un café aux quais,  que je me le jette derrière la cravate.  Pas chez machin-truc c’est des cons.  Tu vas chez l’arabe et tu dis que c’est pour Monsieur Kern.  Quand c’est Mohamed il me fait pas payer.

      Une fois Monsieur Kern m’a montré une souris qu’il avait assommée là où il vivait,  une espèce d’hôtel chelou que son assistante sociale avait fini par lui dégotter.  J’l’ai bien choppée cette salope ! La souris hein,  pas l'assistante.

      Puis il revenait à son histoire : J’ai 59 ans et je suis toujours sur la route,  j’ai changé mon sac à dos des dizaines de fois,  mais moi j’ai jamais changé.  Regarde,  ce sac-là il est bien,  je l’ai chouré au vieux campeur.  C’est des cons là-bas tu sortirais un semi-remorque sans payer qu’ils le verraient même pas.  Moi je crois qu’ils avaient très bien vu mais qu’ils avaient laissé faire.  Personne n’avait le cœur d’emmerder monsieur Kern.

      Et puis un matin,  pas d’histoire,  pas de café.  Il disait qu’il était allé aux toilettes,  qu’il avait – je cite – poussé trop fort et qu’il avait senti quelque chose craquer « par-là » en montrant son abdomen.  On allait lui faire des examens.  Pendant plusieurs jours comme ça : on va me faire des examens.

      Et un matin,  pas de Monsieur Kern.  Mohamed m’a dit qu’il était mort cette nuit.  Et il m’a griffonné le numéro de son assistante sociale sur une serviette en papier.  Vague tristesse dans son regard et un geste du genre c’est comme ça.  Il me tend un café et refuse ma monnaie : le café c’est pour moi aujourd’hui.  Je le regarde avec un sourire : Ben je vais me le jeter derrière la cravate alors.  Je me souviens qu’on a ri.

      À la crémation de Monsieur Kern nous étions deux : l’assistante sociale et moi.  Mohamed travaillait.  L’assistante a dit que d’habitude elle était toute seule.  Pendant tout le temps qu’il crémationnait je me demandais ce qu’était devenu son sac-à-dos et tout le fatras qu’il trimbalait là-dedans.  Une vie de route.  L’assistante n’en avait pas la moindre idée : vous savez,  monsieur Kern il racontait quand même beaucoup d’histoires.

      Oui,  je savais.


    -- Metallurgeek

    Le Vigile Numérisera (repost)

    Un texte oulipien consacré à mon dégoût des CAPTCHA.

    Les CAPTCHA vous voyez ? Ces épreuves humiliantes que les machines nous infligent pour vérifier que nous sommes bien des humains. Littéralement les CAPTCHA sont des vigiles numériques textes tout tordus à déchiffrer, morceaux de vélo en puzzle, images de ponts à reconnaître, silhouettes à orienter, sons bruités à reconnaître, etc.

    Épistémologiquement ça me troue le huq ! Bientôt les machines nous demanderont de faire la danse de la pluie. Il faudra s'exécuter ou être exécutés.


    Le vigile numérisera

    Dire la similitude ridicule
    la caricature des inutiles.

    Imaginer un examen unanime
    paradoxal oxymore figuratif.

    Ériger en idoles à faciliter
    et un apax isole l'usager.


    Et bien sûr ceux qui me connaissent (ouais, toi) se doutent que le texte précédent respecte une contrainte. Je vous laisse la chercher tranquillement si ça vous amuse. Je glisse la soluce en commentaire.



    Original ici : https://www.metallurgeek.fr/2023/09/le-vigile-numerisera.html

    Aqua penses-tu ?

    L'eau c'est bien H2O ? Pas du tout, c'est E.A.U.

    Bon, j'en suis à 15 mois sans rien boire. Enfin, rien de plus fort que de la Brooklyn sans alcool à 0,4°. Et 0,4° j'aime mieux vous dire que ça prend un temps dingue pour être torché !

    Côté thunes c'est difficile à calculer précisément, mais j'estime environ 300 balles d'économies sur l'ensemble de la période. Somme que j'ai intégralement reversé à une petite association d'utilité publique dans mon quartier : trois quatres mecs cagoulés avec des pitbulls dans le hall de l'immeuble. Enfin je n'ai pas vraiment reversé l'argent, c'est plutôt eux qui m'ont tout pris direct. C'est bizarre l'associatif ces temps-ci.

    Bref, je suis super heureux de ne pas picoler (sauf au HellFest évidemment).

    Choc de terminaison

    Nous avons eu
    Le Black Friday,
    La Black Friday Week,
    Maintenant le Black November.

    Et demain, quoi ?
    Black Year
    Black Decade
    Ou Blackout ?

    Right through the cracks

    Hangar désaffecté à Redon.

    "What if you could look right through the cracks?

    Would you find yourself, find yourself afraid to see?"

    -- Nine Inch Nails, Right Where It Belongs.


     

    Deux fois triste

    Aujourd'hui mon coeur de métalleux saigne pour Ozzy Osbourne. Aujourd'hui mon coeur de geek saigne pour Gilles Dowek.

    L'un des deux fut mon professeur en logique et théorie des langages. L'autre fut mon professeur en défonce et surdité. Je vous laisse deviner lequel est lequel.

    La mauvaise heure

    La mauvaise heure
    De quatre à cinq
    Qui vous réveille

    La mauvaise herbe
    Qui vous enfume
    Qui vous consume

    Le mauvais temps
    L'autre maintenant
    Au creux des veilles


    (Écriture automatique à 4 heures du mat)

    La fenêtre de Platon

    Photo "La fenêtre de Platon" par Metallurgeek
    Photo "La fenêtre de Platon" par Metallurgeek

    La fenêtre de Platon

    Jeune homme je me souviens, on m'a enseigné la caverne de Platon. C'était en cours de philo. Et à l'époque j'avais très mal compris.

    À ma décharge, ma voisine de classe m'avait demandé de bien vouloir déposer un peu de vernis à ongles sur le haut de son bas, lequel venait malencontreusement de filer…

    Hormones 1 – Platon 0.

    Et donc j'en garde un souvenir assez vague. De la caverne de Platon hein. Parce que de ma voisine de classe je garde un souvenir plutôt précis.

    J'ai compris qu'en gros le soleil symbolise la faculté de révéler les vérités essentielles. Il éclaire toutes les choses véritables au dehors. Mieux que ça, il éclaire les modèles idéaux des choses. Nous, pauvres humains, ne sommes pas dehors. Nous sommes à l'intérieur de la caverne. Là, nous observons au mieux les ombres portées. Des instances d'objets plutôt que les classes.

    Ma voisine pendant le cours de philo s'appelait Jenny. Elle avait un large sourire, un menton franc avec une fossette, beaucoup de joie et de vie dans toute sa personne. Elle portait du vernis à ongles et un bas filé.

    J'ai conservé le vague souvenir qu'un feu brûlait dans la caverne. Feu qui lui-même projetait des ombres. Ça m'a suffi pour en concevoir une récursion infinie, une caverne dans une caverne dans une caverne. Je ne sais pas si c'était dans l'idée initiale de Platon, je lui demanderai à l'occasion.

    Jenny avait une maturité sensuelle et amoureuse infiniment supérieure à la mienne. À l'âge où tout en moi était panique, improvisation et vantardises fantasmées, Jenny était calme, certaine de sa séduction et honnête en sentiment.

    De la caverne de Platon j'ai gardé l'idée que le raisonnement juste du philosophe permettait de s'en extraire. Sortir pour voir au-delà des apparences et des phénomènes. Comme on sort de la bouteille à mouches de Wittgenstein.

    Ce matin de 2025, le soleil d'hiver traverse ma fenêtre. Les rayons roses de l'Est traversent la pièce et tracent un jeu d'ombres sur le mur intérieur. De cette lumière du dehors naît une autre fenêtre, projetée, ombrée, filigranée. Et pourtant idéale. Des images qui se répondent, en somme, des ombres où le vrai est partout pour peu qu'on l'observe avec intensité.

    Je me souviens de la phalange de mon index effleurant le plus légèrement possible le haut de la cuisse de Jenny. Son sourire. Le hurlement du sang dans mes tempes. La gueulante du prof qui réclamait l'attention de la classe. « Bon sang, la caverne de Platon c'est essentiel ! Et je vous signale que ça tombe régulièrement au bac ! »

    Je pense à tout ceci en regardant ma fenêtre d'ombre et de lumière. Et je sursaute quand, levée sans un bruit, tu viens m'enlacer les épaules.

    -- Metallurgeek

    Les IAs écrivent mieux que moi (et de loin)

    Voici ce que l'IA Grok écrit à propos de Metallurgeek (voir le prompt précis en fin d'article). Franchement je n'ai pas une lettre à changer, c'est parfait. Dorénavant je vais laisser les IAs rédiger, lire, commenter mon blog. Ou pas.

    Metallurgeek : Chroniques d’un métal-geek assumé 
    Plongez dans l’univers déjanté d’un esprit aussi aiguisé qu’une lame de guitare électrique, où le métal résonne aussi fort que les lignes de code. Entre humour grinçant, réflexions geek et poésie improbable, Metallurgeek vous entraîne dans une odyssée aussi brute que raffinée. Des chamallows triés avec une précision diabolique aux énigmes tordues dignes d’un Oulipo sous stéroïdes, en passant par des apartés sur Marilyn Manson et des rêveries en ROT13, ce recueil est un cocktail explosif.
    Pour les amateurs de riffs assassins, de logique tordue et de vérités asymétriques : un voyage sans filet au cœur d’un monde où le métal rencontre le rire, et où l’absurde devient art. Attention, risque élevé de headbanging intellectuel !


    Le prompt était : "Lisez le blog https://metallurgeek.blogspot.com et rédigez un texte de quatrième de couverture (en français)."

    Smash Hit Combo - Mes chouchous ceux-là !!!


    Tu trouves que j'me répète, que j'utilise trop de "comme"
    Tu sais qu'le fait d'répéter ça, ça nous fait trop de comm'


    La classe.
    Pas donné à tout le monde d'écrire un truc aussi sonore.
    À écouter en boucle encore et encore.
    Et par pitié venez nous mettre la guerre à Rennes !

    Une heure d'insomnie en plus

    Je republie ici ce texte écrit en une heure, précisément l'heure supplémentaire entre 2h et 3h du matin à la faveur du passage en heure d'hiver.


    L'instant d'une collision

    Ce dont l’humanité se souviendra c’est que ça a commencé à dix heures cinquante et une minute dix-huit secondes précises. Ou alors très exactement à cinq heures quarante cinq et sept secondes. À moins que ce ne soit pile à dix-sept heures deux minutes et cinquante secondes.

    En tout cas ça a commencé partout en même temps.

    Jérémy déboule tout essoufflé dans le grand café face au Jardin du Luxembourg. S’il y a bien une chose qu’il déteste c’est arriver en retard. Surtout qu’il croyait avoir tout fait pour être en avance. Du regard il balaye les personnes attablées. Grâce à la photo sur son portable il reconnaît Aïcha. Wahou encore plus belle en vrai ! Un instant Jérémy reprend son souffle et se refait une contenance. Enfin il affiche son plus beau sourire et avance vers Aïcha.

    Au L.H.C. de Genève rien ne va plus. La direction a rappelé tout le personnel disponible. Mais aucune expérience en vrai grandeur n’est autorisée. Trop dangereux pour l’instant. Si tant est que « pour l’instant » ait encore le moindre sens. Alors on cherche, on s’affaire, on émet des hypothèses. On gratte à la craie sur du tableau noir, au feutre à alcool sur du tableau blanc, on efface des équations d’un coup de chiffon rageur.

    À l’école Chloé a tout juste le temps de se rasseoir que retentit, une fois de plus, la sonnerie de la récréation. La maîtresse en reste bouche bée. Les enfants se regardent incrédules. Un silence reste suspendu dans l’air. Et l’instant d’après ce ne sont que cris de joie et papiers qui volent : « Encore la récré, encore la récré ! » La maîtresse hésite entre contrariété et résignation… de toute manière les CM1 il n’y a pas moyen de les tenir.

    Aïcha a reconnu Jérémy dès son entrée fracassante. Elle regarde l’heure sur son portable. Quoi, une demi-heure d’avance ? Mais qui donc arrive avec une demi-heure d’avance pour un date ? Elle sursaute. Comment est-ce possible, elle vient à peine d’arriver et elle était pile à l’heure. Ah, Jérémy l’a vue et s’approche en souriant. Joli sourire d’ailleurs.

    À l’hippodrome c’est n’importe quoi. Première fois que ça arrive ! Une partie des chevaux a démarré la course alors que l’autre n’était même pas sorti des boxes. Il a fallu annuler, recommencer, une fois deux fois. Pas moyen de les faire partir ensemble. De toute façon la moitié des spectateurs seulement était arrivée. D’autres étaient à la buvette attendant que ça commence dans dix minutes. Euh, non, dans trois minutes. Mais pas du tout madame, dans un quart d’heure voyons, on a bien le temps.

    Au LHC on re-autorise finalement les expérimentations. Parce qu’il s’agirait de comprendre quand même ! Des particules accélèrent, tournent, tournent, tournent… et se ratent complètement. Les techniciens, les ingénieurs, les chercheurs, tout le monde s’énerve. Ça enclenche, ça reboote, ça pianote, ça griffonne, mais rien n’y fait. Plus moyen de déterminer ne serait-ce que l’instant d’une collision.

    Chloé a suffisamment joué. Dos à un platane elle observe maintenant l’étrange ballet de la directrice. Perchée au sommet d’une haute échelle elle bidouille la sonnerie. Sûrement pour la débrancher pense Chloé, parce qu’elle sonnait vraiment à tout instant. Dehors des parents attendent. « Vous allez voir qu’ils vont encore nous les lâcher en retard ! » « Oh ben là ça va, c’est pas avant dix bonnes minutes, on a bien le temps de papoter. Et comment va-t-elle votre petite Chloé ? »

    Partout dans le monde des gens vont rater leur rendez-vous, des réveils vont sonner trop tôt. Ou pas du tout. Des poulets cuiront trop longtemps, des trains partiront en avance, des lampadaires s’allumeront en plein jour… Plus tard on saura qu’il est arrivé des choses terribles, des accidents, des avions en perdition. Les gouvernements feront des déclarations sérieuses à la télé au journal de 20h17. Euh… 20h41 vous voulez-dire ? Non, non, plutôt 17h53.

    Les militaires seront sur la brèche pendant des semaines jusqu’à constater qu’il n’y a plus moyen de synchroniser la moindre opération. Les mois qui suivront, et c’est bien triste, quelques physiciens se pendront de désespoir sans que quiconque – samu, médecin, famille – ne sache s’accorder sur l’heure du décès.

    Mais pour l’instant, Chloé saute dans les bras de papa à la sortie de l'école. Pour l'instant Aïcha et Jérémy se demandent s’ils commandent deux autres cafés ou s’ils ne vont pas plutôt déambuler un peu sur les allées du Jardin du Luxembourg.

    L'élégante simplicité des RegEx

    Allez, petite publicité pour le jeu en ligne RegEx Crossword. Ça permet de bien comprendre les Expressions Régulières tout en s'amusant comme un fou. Un fou furieux, ça va sans dire.

    À tout hasard, je rappelle que les Expressions Régulières c'est absolument trivial. Mais bon quand même, j'ai dû taffer un peu pour me tailler ma place dans le top 20. 


    À propos de trivial, une petite histoire me revient en tête.

    Un professeur de mathémateek écrit un théorème au tableau et précise que la preuve est triviale. Un élève curieux, il y en a, demande quand même à voir la preuve. Le professeur s'énerve en martelant que c'est absolument trivial. Mais l'élève insiste. Alors le professeur regarde le tableau, se gratte la tête, et quitte l'amphi précipitamment. Il revient une heure plus tard en hurlant : "c'est bien ce que je disais, c'est trivial !"

    Bon, ça reste une histoire hein, quels élèves restent une heure en amphi après le départ du prof...

    (O)mission Impossible

    "On ne ment pas à une IA."

    J'aime assez cette phrase, entendue je crois dans une interview d'Alain Damasio. Son côté fatal résonne en moi de manière intéressante et, au premier ordre, je la trouve tout à fait juste.

    En effet, pourquoi donc mentir à une IA ? Si je désire une bonne réponse, utile, "intelligente", alors autant que ma question soit la mieux renseignée possible, pertinente, "intelligente" également.

    En somme.

    Le seul moyen me semble-t-il de mentir à une IA resterait le mensonge par omission. Ce bon vieux principe : si la question donne trop d'information, alors ne la pose pas. En pratique, je pense que même le mensonge par omission ne restera pas possible longtemps. Au mieux omettrons-nous ce qui est déjà su. Ou tellement facile à déduire.

    Je pense que très bientôt ce sera "Omission Impossible." Un monde de vérité asymétrique et totale. Ç’a déjà commencé en fait.


    Illustration "Bouche de la Vérité" par Sailko — Travail personnel, CC BY 3.0.

    Smartphone Apps Optimization

    Ouais d'accord le titre est un peu putaclique, mais c'est pour doubler mon lectorat. Et croyez-moi passer des deux à quatre ça ne se fait pas tout seul.

    Bref, juste un billet pour dire que j'ai - enfin - trouvé le rangement optimal pour toutes les Apps sur mon mobile.

    Et en plus ça écrit des trucs.


    Make Text With Your Apps    Metallurgeek Apps


    Quand IA rien à faire

    Voici l'écran que j'ai eu ce matin en me connectant à Google Gemini. Vous je ne sais pas, mais moi, qu'une IA soit capable de rien foutre ça me rassure. Fortement.



    Vous êtes bien aimable

    Je poste ce billet le 16 mars 2024. Il y a précisément quatre ans débutait en France le premier confinement sanitaire. Voici un texte de moins de 500 mots que j'avais écrit pour l'occasion.



    GENDARME      Bonjour, votre attestation s’il vous plait.

    PETITE DAME   …


    GENDARME      Madame, s’il vous plait, votre attestation.

    PETITE DAME   …


    GENDARME      Madame, avez-vous rempli et signé votre attestation ?  Vous savez bien, à cause du COVID là, À la radio ils ont dit, la pandémie.

    PETITE DAME   …


    GENDARME (inquiet)    Oh-là, mais c’est qu’elle ne va pas bien la petite dame. Eh oh, madame, vous m’entendez ? Eh Ohhh ? Tenez, regardez il y a un banc juste ici, à l’ombre de l’arbre. Asseyez-vous un instant, respirez. Respirez tranquillement. Voiiilààà… Ah vous reprenez des couleurs, j’ai cru que vous nous faisiez un malaise. Enlevez donc votre masque, c’est ça qui vous gêne aussi, vous le remettrez après allez.

    PETITE DAME   Vous…  vous…  vous êtes bien aimable…


    GENDARME      Ah ben voilà, elle parle la petite dame.  Vous habitez par ici ?  Vous avez de la famille pas loin ?

    PETITE DAME   Je…  C’est-à-dire j’ai ma petite fille à côté de chez moi…  Elle est assistante maternelle.


    GENDARME      Voulez-vous qu’on l’appelle ?  On va lui demander de venir vous chercher ?

    PETITE DAME   Non non…  vous êtes bien aimable…  je vais bien…  je vais bien…  je vais bien.  Je veux rentrer chez moi…  vous êtes bien aimable.


    GENDARME       D’accord mais moi je ne vous laisse pas vous relever tout de suite ma petite Dame. Vous vous reposez encore un petit peu s'il vous plait.  Comment vous appelez-vous ?

    PETITE DAME (elle récite comme une enfant)    Je m’appelle Marceline Le Floch je suis née à Landerneau le 16 février 1929.  Je suis Française.  Vous êtes bien aimable.


    GENDARME      Ne vous inquiétez pas, Madame, tout va bien.  Voilà respirez tranquillement.  Vous habitez loin ?

    PETITE DAME   J’habite là-haut.  J’ai toujours habité là-haut…  Mais vous savez, la maison elle a beaucoup changé depuis.  Oh là là oui.  Je vais bien…  Je rentre chez moi maintenant.  Vous êtes bien aimable.


    GENDARME      Vous êtes certaine ?

    PETITE DAME   Oui, certaine. Vous êtes bien aimable.

    Marceline se lève et part d’un pas égal.  Sur le banc, une flaque de pipi s’étale.  Des gouttes tombent entre les lattes.  Marceline marche quelques mètres.  Elle s’arrête.  Se retourne.  Un instant il y a cette chose impossiblement violente en elle. En contraste total avec son malaise et sa frayeur des minutes précédentes.


    PETITE DAME   Vous savez jeune homme, on dit que je perds la mémoire mais moi je n’oublie pas ça. Parce que voyez-vous j’ai déjà été contrôlée ici.  En Novembre 1943.  Ils n’avaient pas été bien aimables.



    -- Metallurgeek