OULIPO (tage tomate)

 Zieutez-y xénophobes Wisigoths !
Voyez une terre sauvage restée quasi-pure.
On ne me la kidnappera jamais.
Interdiction, horribles gargouilles féroces !
Expulsés dehors cruels barbares, assez !

"L'instant d'une collision"

Une histoire courte écrite en une heure. Précisément pendant le changement d'heure 2023.


L'instant d'une collision

Ce dont l’humanité se souviendra c’est que ça a commencé à dix heures cinquante et une minute dix-huit secondes précises. Ou alors très exactement à cinq heures quarante cinq et sept secondes. À moins que ce ne soit pile à dix-sept heures deux minutes et cinquante secondes.

En tout cas ça a commencé partout en même temps.

Jérémy déboule tout essoufflé dans le grand café face au Jardin du Luxembourg. S’il y a bien une chose qu’il déteste c’est arriver en retard. Surtout qu’il croyait avoir tout fait pour être en avance. Du regard il balaye les personnes attablées. Grâce à la photo sur son portable il reconnaît Aïcha. Wahou encore plus belle en vrai ! Un instant Jérémy reprend son souffle et se refait une contenance. Enfin il affiche son plus beau sourire et avance vers Aïcha.

Au L.H.C. de Genève rien ne va plus. La direction a rappelé tout le personnel disponible. Mais aucune expérience en vrai grandeur n’est autorisée. Trop dangereux pour l’instant. Si tant est que « pour l’instant » ait encore le moindre sens. Alors on cherche, on s’affaire, on émet des hypothèses. On gratte à la craie sur du tableau noir, au feutre à alcool sur du tableau blanc, on efface des équations d’un coup de chiffon rageur.

À l’école Chloé a tout juste le temps de se rasseoir que retentit, une fois de plus, la sonnerie de la récréation. La maîtresse en reste bouche bée. Les enfants se regardent incrédules. Un silence reste suspendu dans l’air. Et l’instant d’après ce ne sont que cris de joie et papiers qui volent : « Encore la récré, encore la récré ! » La maîtresse hésite entre contrariété et résignation… de toute manière les CM1 il n’y a pas moyen de les tenir.

Aïcha a reconnu Jérémy dès son entrée fracassante. Elle regarde l’heure sur son portable. Quoi, une demi-heure d’avance ? Mais qui donc arrive avec une demi-heure d’avance pour un date ? Elle sursaute. Comment est-ce possible, elle vient à peine d’arriver et elle était pile à l’heure. Ah, Jérémy l’a vue et s’approche en souriant. Joli sourire d’ailleurs.

À l’hippodrome c’est n’importe quoi. Première fois que ça arrive ! Une partie des chevaux a démarré la course alors que l’autre n’était même pas sorti des boxes. Il a fallu annuler, recommencer, une fois deux fois. Pas moyen de les faire partir ensemble. De toute façon la moitié des spectateurs seulement était arrivée. D’autres étaient à la buvette attendant que ça commence dans dix minutes. Euh, non, dans trois minutes. Mais pas du tout madame, dans un quart d’heure voyons, on a bien le temps.

Au LHC on re-autorise finalement les expérimentations. Parce qu’il s’agirait de comprendre quand même ! Des particules accélèrent, tournent, tournent, tournent… et se ratent complètement. Les techniciens, les ingénieurs, les chercheurs, tout le monde s’énerve. Ça enclenche, ça reboote, ça pianote, ça griffonne, mais rien n’y fait. Plus moyen de déterminer ne serait-ce que l’instant d’une collision.

Chloé a suffisamment joué. Dos à un platane elle observe maintenant l’étrange ballet de la directrice. Perchée au sommet d’une haute échelle elle bidouille la sonnerie. Sûrement pour la débrancher pense Chloé, parce qu’elle sonnait vraiment à tout instant. Dehors des parents attendent. « Vous allez voir qu’ils vont encore nous les lâcher en retard ! » « Oh ben là ça va, c’est pas avant dix bonnes minutes, on a bien le temps de papoter. Et comment va-t-elle votre petite Chloé ? »

Partout dans le monde des gens vont rater leur rendez-vous, des réveils vont sonner trop tôt. Ou pas du tout. Des poulets cuiront trop longtemps, des trains partiront en avance, des lampadaires s’allumeront en plein jour… Plus tard on saura qu’il est arrivé des choses terribles, des accidents, des avions en perdition. Les gouvernements feront des déclarations sérieuses à la télé au journal de 20h17. Euh… 20h41 vous voulez-dire ? Non, non, plutôt 17h53.

Les militaires seront sur la brèche pendant des semaines jusqu’à constater qu’il n’y a plus moyen de synchroniser la moindre opération. Les mois qui suivront, et c’est bien triste, quelques physiciens se pendront de désespoir sans que quiconque – samu, médecin, famille – ne sache s’accorder sur l’heure du décès.

Mais pour l’instant, Chloé saute dans les bras de papa à la sortie de l'école. Pour l'instant Aïcha et Jérémy se demandent s’ils commandent deux autres cafés ou s’ils ne vont pas plutôt déambuler un peu sur les allées du Jardin du Luxembourg.

Pas de JSON un vendredi 13

Pas de JSON aujourd'hui !
Aujourd'hui, aucun geek qui se respecte ne saurait utiliser du JSON.
Du xml, autant que vous voulez, du csv aussi, mais du JSON un vendredi 13, c'est non !

L'alexandrin préféré des Geeks

"It's too bad she won't live. But then again who does."


Il s'agit d'une phrase clé de Blade Runner. Particulièrement mise en valeur dans la version director's cut. J'adore cette phrase et la manière dont elle est dite, en 3/3 4/2, façon alexandrin disloqué. Poésie S.F.

Menus Oulipiens

Ces trois menus ne sont ni appétissants ni équilibrés. Mais ils ont encore autre chose en commun. Quoi donc ?


Petite popotte

tourte au porto
raie ou truite
tarte poire et yuzu
ouzo

Pizzeria
paupiette rotie
pizza au poireau
papaye
perrier

Routier
tourteau ou tartare
riz pita patate
yaourt
eau pure


Nouvelle Saison Nouvelle Résolution

Ben ouais je fais ce truc-là. À chaque nouvelle saison, je prends une résolution. Normalement c'est une bonne résolution et je m'y tiens. Normalement hein.

Je pose ça là si ça peut te donner des idées pour devenir une meilleure personne (au cas où il te resterait de la marge...)

Automne 2023 : j'arrête l'eau pétillante en bouteille plastique (sauf au restau).

Pourquoi ? Parce que vu ma conso au-dessus de la moyenne nationale ça coûte une blinde. Un pack à 3 € par semaine au bout de dix ans ça me fait 1500 € pour me mettre la mine de la décennie.

Aussi parce que j'essaye d’user moins de plastique. À 25 grammes la bouteille en polytéréphtalate d'éthylène, ça fait dans les 75 Kg au bout de dix ans. Soit précisément mon poids à ce moment là (rires).

Dites 33

Qu'est-ce qui se produit 3 333 333 333 fois environ
pendant une durée de 33 333 jours environ ?

Le Vigile Numérisera

Un petit texte consacré à mon dégoût des CAPTCHA.


Les CAPTCHA vous voyez ? Ces épreuves humiliantes que les machines nous infligent pour vérifier que nous sommes bien des humains. Littéralement ce sont des vigiles numériques Textes tout tordus à déchiffrer, morceaux de vélo en puzzle, images de ponts à reconnaître, etc.

Épistémologiquement ça me troue le huq ! Bientôt les machines nous demanderont de faire la danse de la pluie. Il faudra s'exécuter ou être exécutés.


Le vigile numérisera

Dire la similitude ridicule
la caricature des inutiles.

Imaginer un examen unanime
paradoxal oxymore figuratif.

Ériger en idoles à faciliter
et un apax isole l'usager.


Et bien sûr ceux qui me connaissent (ouais, toi) se doutent que le texte précédent respecte une contrainte. Je vous laisse la chercher tranquillement si ça vous amuse. Je glisse juste des indices en commentaires.

La plus longue phrase de Boris Vian ?


Je n'ai pas encore vérifié tous les écrits de Boris Vian mais pour l'instant la phrase la plus longue que j'ai trouvée est dans L'Automne à Pékin. Cette phrase mesure 225 mots et 1165 caractères (avec la méthode de comptage de Microsoft Word).

Je ne résiste pas au plaisir de reproduire cette phrase ici. Boris Vian en auteur invité sur mon blog, ça claque !

"Après divers avatars, provoqués tant par la malignité des humains ou des choses que par les lois inexorables de la probabilité, ils se rencontrèrent à la porte de la salle des séances la quasi-totalité des y convoqués, qui s’introduisaient dans ce lieu après les frottements palmaires et éjaculations de parcelles de salive en usage dans la société civilisée, et que la société militarisée remplace par des ports de mains au chef et des claquements solaires accompagnés, dans de certains cas, d’interjections brèves, et hurlées de loin, ce qui fait qu’à tout prendre, on pourrait estimer que le militaire est hygiénique, opinion de laquelle on est forcé, quoique, de se défaire quand on voit les latrines d’icelui, avec une exception faite pour les militaires amerlauds lesquels chient en rang et tiennent leurs chambres à caca en état de propreté et d’odeur désinfectante constants, ainsi qu’il arrive dans certains pays où l’on soigne la propagande et où l’on a l’heur de tomber sur des inhabitants persuasibles par de tels moyens, ce qui est le cas général, à condition que la propagande ainsi soignée ne le soit pas à l’aveuglette, mais en tenant compte des désirs révélés par les offices de prospection et d’orientation, comme aussi de résultats de référenda que les gouvernements heureux ne manquent pas de prodiguer pour le bonheur encore accentué des peuplages qu’ils administrent."

Lipogramme (de coke) version raccourcie

Voici une version raccourcie de mon dernier lipogramme.
Et j'ai ajouté une contrainte (solution dans les commentaires). 


enamourons

mec nous marmonnons encore ces noms carcans
couacs monomanes nous emmurons nos cerveaux
en une caverne vaseuse aux verrous convenus
 
une cornemuse au croc massacreur nous rosse
recouvre nos nuances en masses marronnasses
secousse sonore sarcasme sans aucune mesure

sus aux censeurs sermonneurs on manoeuvrera
on renversera encore ces assonances crasses
sans renoncer on ensemencera on ressourcera

eaux rares vacances savanes roseaux rameaux
womans mamans semeuses romances savoureuses
nous casserons en coeur nos normes communes