Les mots de passe, les api rest.
(Si tu ries à ça, t'es franchement Geek).
J'ai rarement, pour ainsi dire jamais, été déçu par un roman ayant gagné le Prix Hugo. Alors un jour j’ai décidé de tous les lire. Probablement un objectif que je n’atteindrais jamais, mais je progresse. C’est mon côté poète : je préfère « tendre vers » qu’atteindre.
Voici la liste condensée des prix Hugo depuis 1953(*) pour pouvoir cocher ce qui est déjà lu et ce qui ne l’est pas encore. N’hésitez pas à copier-coller cette liste et à l’utiliser pour vous-même (Quoi ? Votre objectif n’est pas déjà de lire tous les prix Hugo ?)
Dans la liste le titres en gras c'est ceux j’ai déjà lu. Ça fait 25 sur 79(**) un petit tiers quoi. Du coup je vais me dépêcher parce que dès que c’est fini je me lis tous les Victor Hugo dans la foulée. Pour la déconne.
(*) Oui j’ai
inclus les prix rétro-Hugo.
(**) Certaines années il n’y
a pas eu de gagnant, d’autres il y a deux ex æquo.
À 16 ans, une activité importante c’est de me faire contrôler par les keufs. Il faut dire que j’ai un look, euh... un look, comment dire… Bon j’ai un look, OK ?
Je ne comprends pas bien pourquoi les flics cherchent tout le temps à savoir qui je suis. Mais ça ne me dérange pas. Après tout j'ai 16 ans, moi aussi je cherche qui je suis. Je me trimbale avec un immense parka mi-kaki mi-Javel avec de grandes poches. Parfois ils veulent aussi savoir ce qu’il y a dans mes poches.
Dans mes poches il y a des pistaches. En tout cas ce jour-là à la gare
Saint-Lazare, lors du contrôle d'identité. Des pistaches j'en ai des tas. Parce
que mon grand-père fait la nuit à Rungis et m'en ramène par paquets kraft d'un
kilo. Ou parfois des amandes, des cacahuètes.
Dans ma poche gauche il y a le paquet entamé. Dans la droite je mets les
coquilles. Je ne jette pas par terre. Je grignote à longueur de journée. Il est
midi, et donc les deux poches ont sensiblement le même volume.
Me contrôler mobilise trois flics. Un gosse de 16 ans pensez donc. Mais
bon, j’ai un look, OK ? Ils souhaitent savoir qui je suis ; facile, je le
leur dis. Ils souhaitent vérifier ; facile, je produits ma carte d’étudiant.
Ils souhaitent savoir ce que j’ai dans mes poches.
- Des pistaches.
- C’est ça, prends-nous pour des cons.
- Et dans l’autre poche, t’as des pistaches aussi ?
- Non. Si. Enfin que les coquilles.
- Tu gardes les coquilles des pistaches ?
- Je ne jette pas par terre.
- Oh les gars, on est tombé sur un malin.
- Allez, le comique, tu nous vides tes poches direct !
Je sors le paquet de ma poche gauche. Je ne sais pas d’où viennent les
pistaches de Pépé. Mais sur le kraft c’est inscrit dans un alphabet exotique.
Le genre d’exotisme qui ne fait pas rêver la police.
Et là, je n’en reviens pas : un flic plonge la main dans le paquet et goûte
une de mes pistaches. Direct ! Mes parents le payent avec leurs impôts et lui il me taxe une pistache. Et quand bien même ! C’est un inconscient ou quoi ?
Et si c’était du Plutonium ? De la came ? De la mort aux vaches ?
Au point où j’en suis je demande s’ils veulent vérifier les coquilles. Je
joins le geste à la parole et sors une pleine poignée de ma poche droite.
- Laisse tomber le comique on t’a assez vu.
- Et fait toi faire une carte d’identité.
- Ouais, parce qu’une carte d’étudiant ça suffit pas.
- (dans ma tête) Ben là ça a suffi non ?
Mais je n’ai pas envie de discuter.
Le soir tombe. Toutes mes pistaches sont boulottées. Dont une par un flic.
Ma poche de droite est au max de son volume. Avant de rentrer à la maison
j’avise une poubelle. J’enlève mon parkanarchiste et je secoue. Toutes les
coquilles coulent dans la poubelle. Suivie d’une petite sphère en papier
aluminium.
Oh putain la boulette !!!
La boulette de shit que ce mec sympa m’avait donné, fontaine Saint-Michel,
il y a bien un mois :
- Essaye mon pote c’est super cool.
- Mais j’ai pas d’argent là. Tu veux des amandes ?
- Nan, prends cette boulette c’est cadeau, j’en ai autant que je veux.
Je n’avais pas essayé. À 16 ans, je travaillais à une tout autre addiction
(les filles).
Et cette boulette, dont j’avais oublié jusqu'à l’existence, vivait depuis
tout ce temps dans le fond de ma poche droite. En fait il avait raison le flic :
une carte d’étudiant n’aurait pas suffi.
Un instant j’envisage une belle carrière de mule de gare. 500 g de shit dans chaque poche. Sous une fine couche de pistaches. Le plan parfait, que je ne trouverai jamais le temps de réaliser (les filles je vous dis).
Des décennies après, avec mon expérience de la vie, avec tout mon pouvoir
de mémoire photographique, sémantique, sonore, émotionnelle, il me manque un
détail clé de cette scène. Ce détail me taraude, me hante, me réveille transi
dans l’effroi.
Sa coquille de pistache, le flic, il en a fait quoi ?
-- Metallurgeek
Parce que voilà. Ça faisait depuis le confinement™ que je ne parvenais pas à retourner en concert. Et ce soir-là, enfin, j'avais réussi. J'y étais. Et, comme par heureux hasard, voilà que je croise Gomor et Laurence (*).
"Tire-toi quand c'est bien."
Parce que voilà. Ce soir Alcest performait. Inspirés, profonds, authenteeks. Eh oui, même en province, même devant une petite salle de mardi soir, même si une partie du public était peut-être venue pour Craddle of Filth… Eh bien Alcest jouait vrai, fort et avec leur p*t'1n de tripes. Perso je tiens à souligner que j'étais là pour Alcest et je ne comprends toujours pas pourquoi ils ont joué *avant* Craddle of Filth.
"Tire-toi quand c'est bien."
Voilà donc ce que j'ai écrit en partant. Ben oui, tire-toi. Tire-toi quand tu sens de l'amitié. Tire-toi quand le son te prend fort, toi qui te demandais si ça allait encore le faire. Bien sûr gros nigaud que ça le fait. Evidement. Et ça le fera encore tant que tu auras des oreilles et une cage thoraceek à remplir de gros son (**).
"Tire-toi quand c'est bien."
Et surtout avant de recommencer à gamberger. Tire-toi tant que c'est physeek. Tu te souviens ? 29 ans. Cette nuit où - au lieu de mourir comme tout le monde - tu t'es promis de kiffer et de ne jamais dépasser deux de Q.I. en concert -(et encore, 2 de Q.I. c'est avant d'avoir bu les bières, on est bien d'accord).
Allez, tire-toi tant qu'il y a de la museek, tant qu'il y a du partage avec des métalleux. Lecteur, lectrice, si tu n'es pas dans le métal crois-moi sur parole. Et si tu es dans le jazz, ben euh... nan rien aisse tomber. Bon j'en étais où au fait ? Ah oui… Arrête d'écrire des tartines et... "tire-toi quand c'est bien".
(*) Et aussi le frère sympa de Lucas, qui mériterai qu'on le connaisse mieux. Un instant j'ai pensé à ça : https://www.youtube.com/watch?v=0rKI5AhdtBY&t=33s
(**) Pas vrai Marion ?
Toujours, l'Inde me déchire le cœur. Je suis au guichet de l'hôtel. Deux bières dans le nez. Je checkout. Echange stéréotypé avec le gars. How was your stay, sir? Oh great, real great! La note, la carte qui ne passe pas du premier coup. Quelques échanges de paroles encore.
Puis je sens une impulsion, envie de parler plus. Envie de parler mieux. Depuis quelques années je commence à entendre un peu certains accents de l'Inde. Je m'essaye à mon nouveau talent: Scuz'me sir, your from Tamil Nadu, right? Immense sourire du gars. En un instant, nous venons de basculer dans autre chose.
Notre conversation durera, quoi, un quart d'heure ? Parce que plus, il risquerait de se faire houspiller par un manager qui lorgne vers nous.
Un quart d'heure, c'est assez pour qu'il me parle de Avul Pakir Jainulabdeen Abdul Kalam. Parce qu'il venait du même endroit que lui, Rameswaram. Parcce qu'Abdul Kalam l'avait impressionné, petit, à l'occasion d'une visite à son école.
Notre conversation continue. Il raconte, dans un anglais impeccable, qu'il y a trois ans il ne parlait que le Tamil. Sur une tablette il me montre le pont Rama Sethu. Il revient à Abdul Kalam et me dit que c'est grâce à lui qu'il s'est mis à bosser comme ça, à apprendre. Il a débarqué en bus de son Tamil Nadu, il a fait des chiottes, ciré des pompes, nettoyé des chambres, servi des cafés, servi des riches au restaurant. Et le voilà au frontdesk maintenant. Il me dit qu'il entend tous les accents du monde chaque jour et que plus il apprend plus il apprend.
Toujours l'Inde me déchire le cœur.
Je remonte doucement dans ma chambre. Je pense à mon père mort il y a deux mois. Lui qui adorait l'Inde sans y être jamais allé. Je pense au destin du jeune homme au frondesk, à notre élan d'empathie d'un quart d'heure. Une larme imbécile au coin de l'oeil. Je pense que je vieilli un peu et que deux bières c'était une de trop.
Puis j'ouvre mon laptop et je vous écris ça sans même relire les fautes.
Allez tiens, j’évoque un souvenir lointain. Un souvenir de geek.
Et sbrrraaaaaaaa ! J'ai écrit s'enorgueillir du premier coup sans faute. Vous pouvez commencer à me vouvoyer avec crainte et déférence.